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  • patricksorrel

Le pentagramme de la crise (1)

Mis à jour : mars 29

Ou comment nous pouvons traverser les blessures que révèlent les 5 phases du passage viral...



Nous voyons souvent la Crise comme un instant tragique de notre existence, quelque chose qui n’aurait pas dû être, quelque chose de mauvais. Alors il faut se soigner, réparer ce qui peut l’être, afin de retrouver l’état que nous avons perdu, par la faute de la crise.


Vivre une crise en conscience

Or c’est précisément ceci qui rend la crise tragique, dans le sens de la tragédie grecque (pensons à Œdipe, à Antigone ou encore à Cassandre !) : c’est-à-dire quelque chose qui se déroule selon un enchaînement couru d’avance, totalement prévisible, et dont on ne peut rien changer. Pourtant une crise n’est pas une tragédie, précisément parce qu’elle est le moment où tout peut changer, où l’on peut tout changer : justement afin de ne pas faire de sa vie une tragédie. Une crise n’est pas un effondrement, au sens nihiliste que l’on donne actuellement à ce concept d’effondrement : c’est-à-dire que l’on ne sait pas très bien comment on se sortira des débris de notre civilisation. Une crise est un moteur, une initiation, un pas-sage vers ce que l’on ne pouvait pas prévoir.

Le concept de Crise vient du grec « Krinein » qui signifie « juger ». Le moment critique est le moment où l’on doit utiliser son pouvoir de discrimination (dans le bon sens du terme : c’est à dire son pouvoir de juger, de distinguer le blé de l’ivraie, le bon du mauvais pour soi) pour distinguer ce que l’on peut garder et ce que l’on doit laisser, du passé, de l’inutile, voire du nuisible pour nous. Abraham Maslow, le père de la psychologie humaniste et transpersonnelle, a nommé « Peak experiences » ces expériences critiques, ces expériences « de pointe » qui nous amènent à revisiter notre histoire et à changer de manière très profonde. J’ai accompagné durant de nombreuses années certains de ces expérienceurs, ceux qui avaient vécu une expérience de mort imminente (EMI en français, NDE en anglais : near death experience). Et je peux dire aujourd’hui que le point principal n’est pas qu’ils aient pu « approcher » la mort, comme pourrait le suggérer le vocabulaire. Le point principal, dans leur vie, est qu’ils ont été contraints de mourir à quelque chose, de faire le deuil de tout un pan de vie, voire parfois de toute une vie. Pour renaître à un autre « Soi ». Ceci est vraiment une Crise totale, profonde et bouleversante.


( Voir l'article sur les EMI : https://www.patricksorrel.com/post/exp%C3%A9rience-de-mort-imminente-mais-de-quelle-mort-parle-t-on-au-final)


C’est précisément ceci que je veux montrer dans cet article : comment tirer des enseignements de cet instant critique que nous sommes en train de vivre, avec la pandémie du Covid 19.

Les symboliques du chiffre 5

J’ai vraiment envie de nourrir toutes les dimensions de chacun d’entre nous, et de parler différents langages, accessibles à différentes parties de nous. Je vais donc envisager cette crise de manière symbolique et systémique. Symbolique, en usant des symboles qui parlent à l’inconscient, ce tissu mental et émotionnel archaïque (au sens de ce qui vient en premier, ce qui précède la réflexion consciente). Systémique, en traçant des liens entre différentes manière d’envisager un même événement, une même crise. Ceci afin d’aboutir à une analyse non pas unilatérale, mais plurielle, paradoxale (au sens de ce qui dépasse l’opinion commune), et pragmatique.

Et ce qui me frappe symboliquement en ce moment, c’est que je rencontre souvent le chiffre 5, lié à la crise actuelle. Je m’en suis rendu compte en lisant l’article très intéressant (à mes yeux) de cet américain revenu de Chine, Sina Farzaneh, sur les 5 étapes de sa gestion de la crise en Chine, puis aux USA. Cela m’a renvoyé à la fois aux 5 étages de la pyramide de Maslow, puis aux 5 étapes du deuil selon Elisabeth Kübhler Ross. Enfin, j’ai pu percevoir à travers ce voyage l’expression des 5 blessures popularisées par Lise Bourbeau, et provenant de la psychologie biodynamique de W. Reich. Je pourrais être tenté d’ajouter à ces quatre pentagrammes une analyse des 5 plaies d’Égypte, pour clore le système et aboutir à 5 analyses du 5, soit 5². Mais je préfère m’arrêter aux 4 premières, d’abord parce que je ne connais pas assez les 5 plaies, ensuite par esprit contestataire envers les solutions trop « carrées », enfin parce que 5x4 = 20. Cela pourrait bien nous parler de ce début d’année empli de bouleversements !

Avant d’entamer une analyse des 5 blessures que l’on peut traverser de manière profonde durant cet épisode de crise, je tiens à rappeler brièvement, pour parler aux inconscients (prenez le dans le sens que vous voulez ;) que le chiffre 5, rapporté au pentagramme, symbolise assez souvent dans le culture occidentale traditionnelle les 4 éléments (terre, eau, feu et air) couronnés du 5ème élément qu’est l’esprit (et non Leeloo). Le 5ème élément est souvent placé au sommet du pentagramme (sauf dans les cultes liés à Satan), car il symbolise la transformation que l’esprit va imposer à la matière, pour aller vers sa réalisation spirituelle. Symbole de la complétude de l’Univers, corps et esprit (4 et 1), ou encore féminin et masculin (2 et 3), le chiffre 5 est affirmé dès la philosophie antique, pythagoricienne comme platonicienne, comme étant la somme des solides réguliers, représentant chacun un élément :

  • Le Tétraèdre composé de 4 triangles équilatéraux symbolisant le Feu (pour Platon)

  • Le Cube composé de 6 carrés symbolisant la Terre

  • l’Octaèdre composé de 8 triangles équilatéraux symbolisant l’Air

  • L’Icosaèdre composé de 20 triangles équilatéraux symbolisant l’Eau

  • Enfin le Dodécaèdre, composé de 12 pentagones, symbolisant l’Esprit


Or si on joint les cinq sommets du pentagone, figure de base du dodécaèdre, on fait apparaître cinq triangles isocèles en forme d'étoiles à cinq branches : c’est le pentagramme ! Voilà de quoi nourrir un peu les imaginaires, durant ces temps de confinement et de recherches introspectives…

Commençons maintenant l’analyse de notre premier pentagramme : celui des blessures d’enfance.

Les 5 blessures d’enfance

J’ai remarqué, en observant ma propre vie, que mes blessures d’enfance ressortent avec force et clarté lorsque je traverse une crise. C’est alors que je ne peux plus vraiment fermer les yeux, et que je suis obligé de me faire spectateur de ce qui, en réalité, m’explose au visage. Pourrions nous voir la crise actuelle comme une formidable occasion de mieux voir nos propres blessures se révéler au grand jour ?


(extrait d'une visioconférence : "Qu'est-ce que l'Amour?" : https://www.youtube.com/watch?v=u-IqGlZluVE)

Pour moi, la blessure d’humiliation est celle qui est apparue en première, durant cet épisode pandémique. C’est d’ailleurs en général la blessure que je place au sommet de mon pentagramme, au dessus des deux autres couples de blessures. Pour reconnaître une blessure, qui est bien souvent cachée par un gardien - un masque protecteur qui a pour fonction de nous éviter la souffrance de revivre la blessure - il faut donc observer le gardien, la stratégie que nous mettons en place inconsciemment pour recouvrir la blessure. Or le masque de l’humilié est le masochiste : celui qui voudrait se faire plaisir, qui se fait même volontiers plaisir, mais qui se le reproche aussi, qui a honte de lui, qui se sent coupable. Comment ne pas voir ce que je vis si souvent en ce moment, notamment à travers le regard des autres humiliés qui projettent sur moi leur propre masochisme en me foudroyant d’un regard culpabilisant, quand ils me voient me balader dans les rues ou sur les berges de l’Isère ? Comment ne pas me sentir coupable, comme énoncé dans mon précédent article, quand je me demande comment occuper mes journées quand d’autres s’acharnent à sauver des vies ? Comment ne pas avoir honte quand je cède à l’appel du printemps et que je sors au grand air, ou en nature, alors que l’on devrait rester bien confiné chez soi ? L’humiliation a un rapport immédiat avec l’oppression bienveillante d’une mère qui a tellement pris soin de nous qu’elle nous a étouffé sous son « amour ». Certains diront : « j’ai été trop aimé », si toutefois cela était possible. L’humiliation me parle de mon désir d’autonomie, de reprendre ma vie en main, de me sentir capable de prendre mes propres décisions, de savoir ce qui est bon pour moi. Mais la mère symbolique, celle qui me protège (ici, les mesures gouvernementales, qu savent mieux que moi ce qui est bon pour moi), me taxe d’irresponsabilité, si par malheur je choisis le comportement qui me semble personnellement le plus responsable. Alors j’ai honte. Je me sens coupable. Et je rentre chez moi. Avez-vous vécu cela, vous aussi ?

Je serai plus rapide pour les 4 autres blessures, elles sont moins vives dans mon actualité, mais elles pourront parler aux uns ou aux autres ! Tout d’abord, si vous ne voyez pas poindre votre blessure de trahison en ces temps critiques, observez votre attitude contrôlante. Le virus m’oblige, encore plus que d’habitude, a chercher à contrôler tout ce qui pourrait représenter un danger pour mon système. Cela laisse peu de place à l’improvisation, à la spontanéité, à l’action inutile, légère. Surtout quand je sors faire mes courses ;). Derrière le masque du contrôlant (sans mauvais jeu de mot), se cache le désaveu de la structure parentale à qui je faisais le plus confiance lorsque j’étais enfant (en général, le parent du sexe opposé). Ne voit-on pas fleurir ici et là, plus que d’habitude encore, ces discours aigris contre les trahisons de nos chefs politiques, leur mauvaise gestion de la crise ? L’idée n’est pas de dire qu’ils méritent, objectivement, notre confiance, non. L’idée est plutôt de retourner vers soi le regard aigri et d’observer avec clarté sa propre blessure de trahison, derrière ces discours colériques que l’on projette sur ceux qui sont sensés avoir notre confiance. Ne revivons-nous pas, dans cet instant critique, une blessure vieille comme notre propre histoire ?


Et accompagnant souvent la blessure de trahison : celle de l’injustice. On peut la débusquer dans le comportement rigide que j’emploie pour rester droit, bien droit, en ces temps d’instabilité. Droit dans mes principes tout d’abord, pour tenir debout. Droit dans mes valeurs ensuite, que je suis encore moins que d’habitude désireux de discuter, de nuancer. Droit dans mon comportement enfin, puisque la rigidité des valeurs (quelle que soit leur valeur théorique par ailleurs) amène souvent une sorte d’intransigeance et d’intégrisme comportemental : il ne faut pas transiger avec les règles de conduite que je me suis fixé, ou que j’ai fixé à mes proches. La règle, c’est la règle. Et on la respecte ! Ce que je refuse de voir, quand je m’enferme dans des principes – parfois éminemment justes et beaux selon moi, comme les principes féministes ou anti-spécistes – c’est ma propre fermeture à la vie. La vie est composée de changement, de sensibilité et de vulnérabilité. La vie n’est jamais droite, carrée, rigide, mais toujours mouvante et parfois déstabilisante, voire dangereuse. La vie est fragile. Et tout cela, moi qui suis au fond hypersensible (trop peut-être pour pouvoir résister aux épreuves de la vie, diraient certains), je n’arrive pas à le supporter, c’est trop dur. Alors je me renforce, je me densifie, je m’ossifie et je me sclérose dans un comportement rigide. Et je crie à l’injustice pour ne pas contacter celle que je me fais subir au quotidien.

Abandon et Rejet enfin. 2 amis proches. Sentiment d’abandon, quand on me demande de rester cloîtré chez moi, quand je ne peux plus voir mes amis, ma famille parfois, quand je suis pris de panique, jusqu’à agir de manière inconsidérée, excessive, pour rejoindre un groupe ou un proche. Beaucoup ont dû ressentir cela à un moment de cet épisode de quarantaine généralisée. Parce que pour se protéger de leur blessure d’abandon première, ils ont développé un comportement ultra-relationnel, une sorte de dépendance à la relation à autrui. Or quand tout cela s’effondre, quand je me retrouve seul face à moi-même, il est fort possible que je revive ce que j’ai vécu, tout bébé, quand je me suis senti abandonné – une fois, deux fois, tant de fois parfois ! Et c’est insupportable. Alors je parcours les réseaux sociaux, j’écris des articles, je programme des rencontres, des conférences, je multiplie les posts… Je crée du lien.

Mais tout ceci n’est il pas une vaste fuite ? La fuite, l’attitude protectrice liée à la blessure de rejet. La fuite n’est pas forcément physique, géographique, même si elle peut l’être aussi. Elle est avant tout une fuite de soi, dans l’action compulsive. Je connais bien ce masque. La fuite de l’être dans l’avoir, dans le faire, dans l’hyperactivisme. Parce que, au fond, qui suis-je vraiment, moi, si j’arrête tout ce que je fais ? Je ne suis plus grand-chose, voire plus rien. Je n’ai pas l’habitude de me donner de la valeur en tant qu’existant, en tant que personne ; mais en tant qu’agissant, que méritant. Si je fais ceci ou cela, alors les gens m’aimeront, alors je pourrai mériter leur amour. Mais au fond du fond, derrière toute cette activité fuyante, je vois bien, si je me regarde bien en face dans le miroir, que je me suis senti rejeté par les premiers êtres qui pouvaient me donner cette sécurité émotionnelle interne, en m’accueillant comme je suis, en m’aimant comme je suis. Le pouvaient-ils vraiment ? Je ne vais pas leur jeter la pierre ; juste constater qu’aujourd’hui que la situation me demande d’arrêter de faire, et de recommencer à être … c’est dur, voire insupportable.

Percevez-vous ces 5 blessures chez vous, en ces temps d’épreuve ? L’une plus que l’autre ? Vous n’êtes pas obligés de choisir, non. Les blessures sont généreuses, vous pouvez toutes les accueillir, sans complexe ni honte mal placée. Elles sont notre poids, celui que nous avons peut-être accepté volontiers en choisissant telle famille, tel point de chute. Mais ceci n’est peut-être qu’une croyance de plus…

La traversée des 5 besoins essentiels

Il est bon de constater, d’observer, d’analyser. Mais ceci ne suffit pas, car nous pourrions devenir cyniques, confortablement installés dans la tragédie de notre vie, si nous ne choisissions pas le courage de traverser nos blessures. Heureusement, pour cela, la situation nous aide. Une crise est faite pour être traversée !


... à suivre ...




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