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  • patricksorrel

Donner et recevoir en Amour

Mis à jour : mai 1



Une fois n’est pas coutume, j’ai envie, avec cet article un peu spécial, de partager une réflexion qui n’a rien à voir avec l’actualité et la crise que nous traversons.

J’ai envie de parler d’Amour.

Il y a un mois, je donnais une conférence au sujet de l'Amour, qui est visible sur le Net (https://www.youtube.com/watch?v=u-IqGlZluVE). Et cette nuit, ou plutôt ce matin, j’ai eu une intuition, après la magnifique soirée passée auprès de ma douce et tendre compagne. Cette intuition concerne le donner et le recevoir, dans l’acte sacré qui consiste – non pas à faire mais – à partager son Amour avec l’autre.

Il est difficile, quand on est dans une habitude, de conscientiser celle-ci, au point d’entrevoir dans la finesse tout ce qui se joue dans un acte maintes fois déjà répété, dans un comportement maintes fois déjà éprouvé. Voilà pourquoi je conseille, dans mes ateliers et stages, de mettre à distance certains de nos comportements les plus habituels, comme manger, ou encore voir, afin de pouvoir mieux percevoir ce qui se joue dans ses actes quotidiens.


(Un exemple de stage en cécité...)

Concernant l’acte magique de l’Amour partagé, il en va de même. Cela fait maintenant quelques années que je mets progressivement en place des « techniques » pour ne pas systématiquement lâcher ma substance de vie : en un mot éjaculer. « Pourquoi ne pas vouloir éjaculer ? » me direz-vous. Pour de nombreuses raisons, dont certaines sont des croyances ou des idéologies, d’autres des expériences personnelles – le lien entre les deux catégories étant mouvant, évidemment. Je n’ai pas envie de m’appesantir sur le sujet ici, beaucoup d’articles traitent de cela bien mieux que moi. Disons que la raison principale, que j’ai hérité du taoïsme, est pour moi de ne pas gaspiller mon énergie vitale, que je sens physiquement partir à chaque éjaculation ; ce qui n’est utile ni pour moi ni pour mon ou ma partenaire. Je ne considère plus l’orgasme « final » comme un but à atteindre (ce qui est tout à fait paradoxal par ailleurs pour l’homme, puisque pour ce dernier l’orgasme final est loin d’être aussi aléatoire que pour sa compagne!), encore moins comme une urgence à satisfaire. Je suis encore quelque fois, je le sens, tributaire de cette forme de dépendance à l’orgasme, qui pousse l’homme à chercher à tout prix à soulager en lui cette tension grandissant jusqu’à ce qu’il ne puisse plus tenir. Je le suis beaucoup plus en solo qu’en duo, je le sens aussi. Et puis je suis très largement lié à la jouissance de ma partenaire, qui provoque inexorablement chez moi cet élan et ce désir de l’accompagner jusqu’au bout. Mais j’ai réussi, au fil du temps, à repousser cette « petite mort », soit en laissant passer les orgasmes successifs comme autant de vagues, soit en pratiquant un point de compression connu dans le tantrisme, qui a pour objet de remplacer l’éjaculation par une injaculation tout aussi jouissive. Encore une fois, je ne rentrerai pas ici dans le détail, je vous fais confiance pour chercher vos propres sources sur la toile, et faire vos propres expériences.

Pourquoi parler de tout cela ?

Parce que j’ai réalisé, seulement ce matin, ce que cela signifiait, que de se donner, en Amour. Parce qu’il arrive, quand nous sommes tous deux dans cette énergie, moi et ma compagne, et que son cycle le lui permet, sans prendre le risque de rajouter une vie à notre joyeuse ribambelle digne d’une famille recomposée, que nous soyons dans le désir de donner et de recevoir. Quand je dis « donner » et « recevoir » ici, je ne parle pas de toutes ces sensations que nous pouvons nous donner l’un à l’autre durant notre partage amoureux : je ne parle que de l’acte final de donner à l’autre sa semence, et pour lui/elle, de la recevoir et l’accueillir en lui/elle. Principe masculin et principe féminin, réunis dans le donner et le recevoir (je précise que je parle de principe et non de sexe : cela est tout à fait possible pour un homme de recevoir !). Or donner, et recevoir, ne sont pas des actes anodins, loin de là ; et pourtant ils sont trop souvent banalisés. Déjà parce qu’avec l’apparition du préservatif, ma semence ne pénétrera pas dans le corps de mon/ma partenaire. Elle sera retenue par un bout de plastique, puis jetée à la poubelle. Loin de toute idéologie religieuse, je ne peux tout de même que constater qu’il s’agit de la banalisation d’un acte sacré, et de la destruction d’une semence de vie, sans vraiment conscientiser ce geste. Le plus important, pour moi, ce n’est pas la destruction, mais le manque de conscience. Comme lorsque je mange, pour la énième fois, sans réaliser toute la portée de mon geste, une cuisse de poulet. Sans conscience. Qu’arriverait-il alors, si j’y mettais de la conscience ?


Concernant la sexualité (pour ne pas trop s’étendre sur des sujets qui fâchent, en premier lieu mes propres enfants carnivores), il devient beaucoup plus dur de banaliser l’acte de donner et de recevoir, si l’on ne pratique plus le préservativisme, sans pour autant le remplacer par du contraceptionnisme hormonal. Nous avons en commun, avec ma compagne, de ne plus pouvoir supporter toute forme d’intrusion hormonale ou artificielle dans nos corps. Exit la pillule, le stérilet, l’implant, etc. Alors il faut bien conscientiser l’acte sacré, au moins pour les conséquences qu’il peut avoir au sein de notre couple. Mais en dehors des sempiternels calculs de cycles lunaires – et des inquiétudes latentes qui l’accompagnent parfois – la conscience de la portée réelle de l’éjaculation concerne avant tout, pour moi, l’échange énergétique qui se produit alors. Car quand nous éprouvons le désir, comme je le disais plus haut, de partager cet échange qui se produit dans l’éjaculation, nous le faisons consciemment, c’est-à-dire en conscience de ce qui se produit dans nos deux corps.

Que se produit-il, alors ?

D’un côté, il y a cette sensation, que j’ai ressenti profondément hier soir, de donner de mon énergie. Je ne dis pas « perdre », puisque c’est consciemment que j’abandonne cette partie de moi, et que je sais qu’elle sera accueillie. Et il ne s’agit pas seulement de matière, de molécules, de spermatozoïdes. Il s’agit d’énergie de vie, que je peux sentir dans mon ventre, qui se contracte et que je sens se vider par le bas. Avant, je n’étais absolument pas conscient de tout cela, puisque l’éjaculation était la seule chose que je connaissais, et que j’y étais habitué. Un peu comme j’engloutissais mes trois ou quatre repas par jour, inconsciemment, avant de découvrir le jeûne. Mais depuis que je pratique la rétention ou l’injaculation, je perçois beaucoup plus finement ce qui se joue dans l’éjaculation. Il s’agit vraiment, pour moi, de l’acte conscient de donner de soi.

Et pour ma compagne, qui a aussi pris l’habitude de ne plus accueillir que très rarement en elle ma substance, la différence est totale. Et elle ressent ma présence – ou mon énergie – en elle quelques jours durant, après cet acte sacré de partage. Cela m’interpelle toujours autant, sur le plan de la raison. Et pourtant, je ne peux que l’écouter et m’imaginer ce que cela peut faire, pour elle, de recevoir et d’accueillir une part de moi en elle. Non, ce n’est pas un acte anodin. Et je me suis laissé aller à penser, ce matin, à la manière dont, par le passé, je pouvais opérer ce même partage d’énergie d’Amour, ce même don, en totale inconscience. Je me suis arrêté quelques instants, avec beaucoup de réticence il faut dire, sur tous les actes de ces hommes, faits dans l’urgence du désir masculin, voire dans la violence du principe féminin. Toute cette belle énergie gâchée, dilapidée, parfois même totalement dévoyée, dans le viol de l’autre. Toute cette souffrance endurée par les femmes, tous ces siècles de domination violente de l’homme sur la femme… Et, par voie de conséquence, toute la distinction du yin et du yang, du féminin sacré et du masculin sacré, profondément incomprise, rejetée, parfois même haïe à juste titre par certains féministes …


Une inversion des rôles ?

Car que se passe-t-il quand moi, porteur du principe masculin - porteur du don de la vie que je peux faire pénétrer en l’autre, l’autre qui peut l’accueillir à l’intérieur de son propre principe vital – que se passe-t-il quand j’oublie la qualité de ce don ? Il se passe, pensais-je ce matin, que j’inverse les rôles. Et que je demande à l’autre de donner de lui, me mettant dans la position de recevoir de lui. Encore une fois, pour être très clair sur ce dont il est question ici, je ne parle aucunement de tous les échanges énergétiques qui précèdent l’orgasme final, dans l’acte sacré de l’Amour. Car il est bien évident que, homme comme femme, bien souvent je donne et je reçois, je donne puis je reçois, et inversement, dans tous les méandres et toutes les volutes sensuelles de ce doux moment. Non, je parle bien ici de l’orgasme final, et de cette attente, que le principe masculin fait peser sur le principe féminin (porté par un homme ou une femme), de le satisfaire. Lui donner du plaisir, le faire jouir, l’amener jusqu’au point ultime où il ne pourra plus se retenir, et où il jouira. Ce coït ultime, objet de toute une littérature spécialisée, est souvent vécu par l’homme comme un dû. Au point qu’un acte sexuel qui ne trouverait pas sa conclusion dans l’éjaculation masculine serait jugé, pour bon nombre d’entre nous, inachevé.

Mais ce n’est pas cela qui me blesse le plus, au fond, Non, c’est plutôt la conséquence, de cette dépendance masculine à l’orgasme final, sur le principe féminin. Car si le masculin se met dans la position de recevoir (un peu comme un percepteur des impôts qui attendrait son dû, si l’on peut me passer ce mauvais jeu de mots), alors le principe féminin est dans l’obligation de donner, et il devient doublement dur, pour l’homme ou la femme qui assument cette tâche, d’accueillir et de recevoir le principe masculin en eux. Dur une première fois, parce que ce qui est donné par le masculin sans conscience, parfois même dans l’exigence impérative d’un coït violent et agressif, ne peut être accueilli dans la douceur et l’Amour. Dur une seconde fois, parce que l’obligation de donner, imposée au féminin par un masculin qui n’a pas compris son rôle, est directement opposée au principe de l’accueil, qui demande un lâcher prise et une attention placée sur la sensibilité interne – la proprioception – tous deux incompatibles avec toutes les manœuvres à faire pour satisfaire monsieur.

Très paradoxalement, c’est donc quand les principes masculins et féminins se sont inversés dans l’aboutissement de cet acte sacré de l’Amour, que l’homme devient violent, et la femme insensible. Violent, l’homme, par les attentes qu’il fait peser sur la femme, inconsciemment. Violent comme l’est le caractère impératif de la jouissance qui le domine et lui fait « perdre ses moyens », l’espace d’un instant, dans l’étourdissement de l’éjaculation et du coït qui l’accompagne. Alors que c’est cet instant précis, cet orgasme, où il lui serait possible – et nécessaire – de développer toute sa sensibilité et sa présence : en un mot sa conscience. Et puis, pour la femme, insensible car on ne peut s’oublier si souvent sans y laisser un bout de soi, un bout de sa sensibilité extrême. Et puis insensible aussi, parce qu’il est si difficile d’accueillir un don fait dans l’inconscience, par un accueil en pleine présence… La sacralité de l’Amour repose sur l’union de deux polarités, de deux principes : elle demande une conscience et une présence totale de l’un et de l’autre.


Le cercle infini de l’Amour

Et que se passe-t-il, alors, quand cette présence est totale, et quand l’acte d’Amour se traduit dans le don et la réception bien orientés ? Tout d’abord, il se passe que l’énergie peut circuler entre les deux corps énergétiques, dans cette boucle que les trantrikas ont compris depuis déjà de nombreux siècles. L’énergie qui part du sexe masculin, disent-ils, si elle est donnée et accueillie en conscience, peut remonter du sexe au cœur du principe féminin, et être donnée en retour de cœur à cœur, avant de redescendre du cœur au sexe chez l’homme, en un cercle vertueux dont on peut difficilement imaginer l’aboutissement. Si ce cercle n’a pas de fin, il n’a pas non plus de début en théorie, et il semble difficile d’accuser, comme je semble l’avoir fait jusqu’ici, le principe masculin d’être à l’origine, par son inconscience, de l’avortement de ce cercle. Car l’homme aussi, bien évidemment, a besoin de recevoir pour donner. Il a besoin de recevoir au niveau du cœur, il a besoin d’accueillir en son cœur l’Amour du principe féminin. Mais si le cercle de l’Amour n’a ni début ni fin, il convient de le prendre par un bout ou par un autre, afin de conscientiser ce qui empêche l’énergie de circuler ; ce qui provoque, comme le disait déjà Wilhem Reich il y a un demi-siècle, des blocages et des « cuirasses » énergétiques dans le bassin de la femme, et dans la poitrine de l’homme…

Par où commencer ? Pour moi, qui suis un homme, il est facile aujourd’hui de répondre à cette question. Je décide de reprendre ma responsabilité d’homme, et de donner, quand nous avons tous deux choisis cela, mon principe de vie en conscience, à celle que j’Aime. Bien évidemment, il ne m’est pas nécessaire d’éjaculer pour que l’énergie d’Amour circule entre nous deux, et que nous connaissions le plaisir infini du cercle. Il est même bien plus simple de ne pas éjaculer, et de ne se concentrer que sur le fluide qui circule entre nos corps. Mais je n’ai jamais été catégorique ou dogmatique (pas même sur l’alimentation, bien qu’étant à 90 % vegan!). J’aime que nous soyons deux à vivre ce moment magique, quand le don est accueilli en présence et quand, comme il nous est déjà arrivé, une petite âme pointe le bout de son nez, attirée par l’élan d’Amour, pour célébrer ce partage…


Alors si, même quand il ne leur est pas possible de s’incarner (calendrier lunaire oblige!), les âmes viennent frapper à la porte de l’Amour, attirés par la Lumière, pourquoi nous priverions-nous de cet ultime plaisir partagé ? Et puis, quand la conscience est présente … l’impossible devient tout relatif…

Voici de quoi ne pas nous rassurer ;)

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