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  • patricksorrel

A quoi ça sert, d’arrêter de manger ?

Petite analyse philosophique du jeûne.


(Prochain stage "Jeûne et Soin" : https://www.helloasso.com/associations/entendons-nous/evenements/jeune-et-soin)




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Le jeûne est à la mode, c’est sûr ! Mais comment expliquer cet engouement pour une pratique millénaire, et pourtant quasi totalement ignorée en France depuis de nombreuses années ?


En Allemagne, le jeûne Buchinger (une période de 3 semaines sans manger, en buvant de l’eau à volonté, un jus de fruit dilué le matin et un bouillon de légumes le soir) est carrément remboursé par la sécurité sociale, et de nombreux instituts en profitent pour proposer des cures annuelles pouvant aller jusqu’à 3000€. Commerce juteux (sans mauvais jeu de mot..) , puisqu’environ 15 % des allemands disent jeûner de manière régulière !


Quels sont les bénéfices de la privation, partielle ou totale, d’alimentation solide ? Il ne sera pas question dans cet article de réaliser un exposé diététique, je n’ai ni l’envie ni les compétences pour cela. Je suis philothérapeute, et ce qui m’intéresse profondément dans le jeûne, c’est le dévoilement de notre système de croyance, que permet cette pratique profonde et douce en même temps.


Le jeûne est thérapeutique à mon avis, et cela semble une évidence pour de plus en plus de personnes. Mais ce qui me semble intéressant, c’est d’envisager le jeûne comme une thérapie de l’esprit autant que du corps. Remettre à plat notre système de croyances, cette constellation de convictions plus ou moins anciennes, et qui colore notre champ perceptif. Le jeûne pourrait-il nous aider, dans la démarche philothérapeutique ?


Une purge libératrice ...


Paradoxalement, c’est depuis mon lit que j’écris cet article. J’ai été soigneusement « pris en charge » par une formidable gastro-entérite cette nuit. La purge a été intense, l’absence de sommeil aidant, je me sens à la fois vidé et soulagé ce matin. J’ai déjà ressenti cela, plus intensément encore, lors de la prise de plantes maîtresses des traditions amérindiennes. Ressentir le plaisir de se vider de ses scories, de rendre à la Terre ce qui ne nous est plus utile, voire ce qui nous souille de l’intérieur. Ce ne sont pas autre chose que nos propres émotions que nous rendons ainsi, lors d’une maladie, d’une purge volontaire (au départ d’un jeûne par exemple) ou lors de la prise de profonds purgatifs, tels que le Tabac ou le Kambo par exemple. Cette petite grenouille amazonienne, dont les sécrétions cutanées sont un puissant poison, est utilisée par les amérindiens pour des cérémonies de purges intenses et libératrices.


J’entends encore le chamane me dire, avec son sourire dont je ne pouvais deviner la profondeur, que je serais vraiment libéré de vomir, durant une cérémonie avec la plante-Mère Ayahuasca … Et c’était vrai ! Après m’être retenu pendant une bonne partie de la nuit, arc bouté sur ma profonde détestation de ce procédé barbare (voilà une première croyance ! ), je lâchais enfin prise, rendu à l’évidence que ma résistance ne changerait rien à la situation, si ce n’est la rendre plus insupportable encore. Avec le Tabac aussi j’avais lutté, moi qui ne supporte pas de vomir. Le Kambo ne m’avait pas laissé le choix, lui. En quelques minutes, l’affaire était réglé, le poison était trop puissant pour ma volonté affaiblie, et la libération avait été aussi rapide que brutale. Et cette nuit, la gastro-entérite m’a rappelé, une nouvelle fois, à quel point il peut être libérateur de se laisser aller à la purge, de se sentir se vider, et d’offrir à la Terre (ici, concrètement, l’eau de mes toilettes) cette partie de soi qui ne nous est plus utile.


Pourquoi parler de purge dans un article sur le jeûne ? D’abord parce que tout jeûne qui se respecte (sauf s’il est intermittent, et encore) se doit de commencer par une purge. Afin que l’on ne conserve pas dans le corps des matières qui ne pourront pas forcément être évacuées, puisque le jeûne ralentit considérablement le métabolisme corporel, dont celui des excrétions. Ensuite, parce que je crois que le jeûne est une forme de purge, non seulement physique, mais psychique et spirituelle.


Mais nous avons besoin de manger pour survivre !


Une purge de nos croyances, en premier lieu. Et parmi celles-ci, trône au 1er plan la reine des reines : « Nous avons besoin de manger pour vivre ! ». Il n’est pas question ici de douter de cette croyance-reine, même si je peux m’amuser à lancer une hypothèse gratuite : si l’on croit certains témoignages de personnes se disant « praniques » (ou respiriens), visiblement nous n’avons pas besoin d’alimentation solide pour vivre. De lumière disent certains, de « Prana » disent d’autres (ce qui revient au même, approximativement), cette énergie de vie présente tout autour de nous, et infinie… Tout ceci est affaire de croyance, et de croyance profonde. Pour ma part, je n’en suis pas arrivé à persuader chacune de mes cellules de la véracité de cette hypothèse, même si elle séduit beaucoup mon mental. Je ne me risquerai donc pas tout de suite dans cette aventure, qui peut être un non-retour pour celui qui n’y est pas prêt. Nos croyances sont si puissantes…


Revenons à cette croyance-reine : il faut manger pour vivre. Parmi les besoins de la pyramide de Maslow, ceux physiologiques apparaissent tout en bas de la pyramide : ce sont les besoins vitaux. Et en premier lieu : manger. Boire. Respirer. Or, sans remettre en question ce postulat pourtant invérifiable (il suffit d’un contre-exemple, en science, pour démonter une théorie empirique : celle-ci ne peut donc être considérée vraie, mais seulement provisoirement vraie, en l’absence de contre-exemple : c’est l’analyse de Karl Popper) je me suis parfois laisser allé à penser que l’alimentation remplissait des besoins bien antérieurs à la nécessité de survivre. Des besoins antérieurs à la survie ? Cela est-il possible ?


Quand j’arrête de manger, ce n’est pas ma survie que je mets en danger, immédiatement. Si l’on fait la moyenne des différentes analyses scientifiques actuelles, un humain de sexe masculin peut rester sans manger pendant une quarantaine de jours, avant de puiser dans ses réserves musculaires (dont le cœur…). Une femme ? Le double. Injustice métabolique, s’il en est… Or, dès le premier jours de jeûne – et peut-être même avant, pour en avoir fait l’expérience – je peux me sentir en insécurité. Second étage de la pyramide de Maslow : le besoin de sécurité. Celui-ci est très profond, et son insatisfaction peut véritablement me gâcher la vie.


Nourrir mon besoin de sécurité ?


Je pose l’hypothèse suivante : les nombreux symptômes physiques que l’on ressent durant les premiers jours de jeûne proviennent pour une grande partie de cette insécurité psychologique. Et non d’un manque physiologique. Le premier jour, le corps puise dans ses réserves en glucoses, et il y en a bien assez dans le sang et d’autres organes, pour remplir tous mes besoins physiques, même en activité. Les deux jours suivants, la néoglucogénèse se met en route, le corps fabrique des sucres assimilables à partir de ses réserves d’acides aminés, présents dans différents organes dont le foie. Enfin, à partir du 3ème jour (le fameux « cap » de l’acidose prononcée, en général plutôt douloureux), la cétogénèse se met en place : c’est l’assimilation des réserves en graisse, et notamment des nombreuses toxines qui y sont « mises à l’abri » pour ne pas trop parasiter le corps.


Passée cette étape, je peux attester que le jeûne devient vraiment plus facile, la confiance s’installe, la sensation de faim disparaît, et le corps opère une purge des toxines, tout en s’alimentant de manière plus performante qu’avec les sucres rapides (des études scientifiques montreraient que le cerveau humain préfère se nourrir de cétogénèse que de glucogénèse…). Et la sensation d’insécurité disparaît !


Paradoxalement, ce n’est donc pas le jeûne qui me met en insécurité, initialement : c’est la dépendance à la croyance qu’il me faut m’alimenter pour vivre. Manger régulièrement, au moins 3 fois par jour, plus un goûter pour pouvoir attendre jusqu’au soir… Physiologiquement, en faisant cela je ne me laisse jamais le temps de digérer vraiment, ou alors j’oblige mon corps à adopter un rythme métabolique qui n’est pas le sien : un rythme rapide et compulsif. Mes différentes expériences de jeûne intermittent (par exemple la Warrior Diet, où l’on ne mange qu’une fois par jour, en général le soir) m’ont montré à quel point la sensation de faim diurne disparaît quand on retrouve un métabolisme naturel, sain, et que l’on ne mange que lorsque l’on a vraiment faim. Parfois, on peut rester des jours sans manger, sans éprouver la faim. Quand on est malade, le corps ne nous laisse pas le choix, bien souvent ! « Laisse-moi tranquille, tu ne vois pas que j’ai déjà tant de choses à gérer par moi-même ? » semble-t-il nous dire. « Non non, il faut manger Madame, sinon vous allez dépérir ! », entend-on souvent à l’hôpital…


Manger : une stratégie d’anesthésie émotionnelle ?


Durant une année entière, j’ai essayé la Warrior Diet, pour voir quels effets psychologiques je pouvais en attendre. J’ai pu voir, très clairement, ce que je ne voyais pas auparavant : ma dépendance à la nourriture. J’ai pu constater que je pouvais me mettre dans des états de stress avancés, devenir colérique, impatient, fermé aux autres, si je retardais trop l’heure de mon unique repas. J’ai pu constater que dès que je ressentais une émotion trop intense, j’éprouvais le besoin de manger, pour me remplir, occuper mon estomac et mes intestins, ses machines à ressentir et à réfléchir, aux dires de données scientifiques récentes. J’ai pu développer cette idée que je me servais de la nourriture pour m’anesthésier, pour bloquer à la racine les sensations et émotions douloureuses. Se remplir, pour ne pas ressentir : curieuse fuite ! Et j’ai pu ressentir enfin, moi qui croyait depuis longtemps être coupé de mes sensations (après un clivage profond dans l’enfance, ce n’est pas étonnant), que je pouvais me mettre dans tous mes états, et ressentir profondément mon mal-être et ma détresse psychologique, lorsque je retardais la prise de nourriture.


L’absence de nourriture était-elle responsable de cela ? Évidemment non. Elle ne faisait que me révéler une stratégie bien rodée, pour mettre à l’écart de moi des sensations douloureuses. Il m’a fallu éprouver cette étape dans mon corps, pour pouvoir le comprendre ! Aujourd’hui, je mange quand j’en éprouve le besoin, parfois l’envie. Je ne me fixe pas de rythme régulier (y compris une fois par jour), je trouve ce fonctionnement trop « mental ». Et je parviens encore mieux à écouter ce que mon corps me dit, témoin de ce qui se déroule inconsciemment en moi, quand je le laisse gérer le rythme alimentaire. Je peux passer un jour ou plus sans manger, ou manger deux à trois fois dans la journée. Je peux observer pourquoi, à tel ou tel moment, je décide de manger.


Pourquoi mange-t-on ?


Pour faire plaisir à un ami qui m’invite ? Parce que je me laisse emporter par les odeurs alléchantes ? Parce que je m’ennuie profondément ? Parce que je ressens une émotion violente, qu’un souvenir angoissant remonte à la surface, ou que je traverse une situation difficile ? Parce que j’ai envie de partager un moment avec ma tendre compagne, plutôt que de la laisser manger seule ? Parce que je me dis que si je ne mange pas maintenant, je serai peut-être en difficulté tout à l’heure, lors d’une séance, d’une conférence, d’un stage ?


Les raisons de manger sont tellement nombreuses ! Mais aucune n’est vraiment liée à la survie de mon corps. Il faut être lucide sur ce point. Dans la pyramide de Maslow, tous les autres besoins sont invoqués par ces quelques exemples : la sécurité, le besoin d’appartenance sociale, l’estime de soi… Et même l’accomplissement personnel, si je décide de me faire un repas délicieux, cuisiné avec soin et amour, pour me faire du bien, au niveau corporel et psychique… Ou si je décide d’écouter de plus en plus mon corps dans ses envies, comme dans l’instinctothérapie : manger cru le plus souvent, aller vers ce qui me plaît, voir des aliments disparaître de mon régime, alors que j’en étais dépendant auparavant (notamment toutes les viandes et poissons, les produits laitiers, le surplus de sel, les sucres raffinés, et même, depuis peu, les légumineuses ou les féculents…).


Attention, je ne suis aucun régime précis : je peux par exemple manger avec délice un bon riz complet, après des semaines sans y avoir touché parce que cela ne m’attirait pas… Ou encore une pâtisserie pleine de sucre raffiné – ô délice ! qui s’accompagne bien souvent d’un rejet corporel intempestif, résultat d’une digestion incomplète… Je suis assez long à comprendre en général, et assez dur d’oreille quand il s’agit d’écouter mon corps. Mais je me soigne ! Par exemple, ce que j’ai découvert il y a presque deux an, fût pour moi l’occasion d’un profond changement alimentaire.


Jeûner est-il la solution miracle ?


Il s’agissait d’une époque de stress émotionnel intense, qui s’était accompagné d’un régime assez strict, de nombreux jeûnes, à tel point que je ne pesais plus grand-chose. Aujourd’hui, je comprends que mon corps rejouait sa blessure de rejet, déjà vécue plus tôt dans mon enfance : j’étais vraiment maigre. Or j’ai réalisé, à l’occasion d’un énième jeûne, que j’étais dans une sorte de refus d’incarnation : refus de peser, de prendre ma place sur Terre, de manger de la matière lourde… Volonté de légèreté, comme si je pouvais m’envoler, jusqu’à disparaître de la surface de la Terre ! Je me suis aperçu, un jour de danse biodynamique, étant en jeûne, à quel point je n’avais pas réussi à entrer vraiment dans mes sensations, tellement je semblais loin de mon corps. Et j’ai compris que pour moi, à ce moment de mon existence, le jeûne était une fuite. Une nouvelle manière de ne pas vivre vraiment les sensations que j’éprouvais, de mettre tout cela à distance, de quitter mon corps qui vit !


Paradoxe s’il en est : souvent, c’est la nourriture qui est chargée de m’anesthésier. Mais parfois, l’absence de nourriture a le même but. J’ai découvert cela aussi en fréquentant des personnes se disant praniques ou respiriennes : combien me semblaient en rejet de l’alimentation, en rejet de leur corps, en rejet de l’incarnation ? Cela était visible sur leur corps même, maigre, pâle, sans dynamisme. D’autres praniques étaient étonnamment bien portants, joyeux, pleins d’humour ! J’ai toujours pensé que l’humour était le signe d’une profonde compréhension de la vie. Pas cet humour triste, ce rictus cynique ou cette auto-dérision qui cache une humiliation certaine, non. Mais cet humour joyeux, communicatif, léger. « Cherche le Léger dans le Poids », disait l’Ange des Dialogues. Cherche ta légèreté dans la nourriture solide, et non en la fuyant ! Cela ne veut pas dire qu’il faille se remplir, se goinfrer, jusqu’à en être mal, bien sûr. Un jeûne peut se faire dans l’amour de la nourriture solide ! Sentir par le nez, goûter par les yeux, s’emplir du spectacle ou de l’image d’un met délicieux : voilà qui peut suffire à me nourrir !



Lors d’une quête de vision Lakota (4 jours et 4 nuits sans manger ni boire, dans un espace très limité, en silence et sans occupation : voir l’article et la vidéo à ce sujet), je me suis laissé dire par le chamane qui nous accompagnait que l’on pouvait s’alimenter et s’hydrater seulement en faisant des visualisations précises. En bon pragmatique, je ne me suis pas dit : « C’est absurde et irrationnel ! » ou encore « C’est contraire à toutes nos expériences ! » mais : « Essayons ! Il n’y a rien à perdre et tout à gagner, visiblement... ». Et le sentiment de fraîcheur et d’hydratation, lorsque j’aspirais l’eau par le coccyx, en imagination, était bien réel, du moins dans ma conscience ! Et puisque j’ai décidé de ne pas faire de différence entre mon corps et mon esprit, cela suffisait à nourrir mon corps : je n’ai vraiment pas souffert de la soif pendant ces 4 jours et demi. Encore une croyance qui s’émousse !



Jeûne VS Freeganisme


Pour compléter et finir ce tableau des différentes croyances impliquées dans la prise d’alimentation et le jeûne, je me dois de passer par une analyse de mes expériences de survie douce (voir vidéos) et de freeganisme. J’ai toujours été attiré par ce passage de l’Ancient Testament (même si je ne suis pas chrétien ni judaïque) : l’épisode de la Manne, lors de l’Exode. Le peuple hébreu, en fuite du despote égyptien, et en plein désert, et n’a pour seul réconfort que l’assurance que chaque matin il trouvera une nourriture qui tombe littéralement du Ciel : la Manne. Il ne peut en conserver pour le lendemain (sauf le dimanche, jour du repos du Seigneur) car elle se corrompt rapidement. Il est donc entièrement dépendant de Dieu, dans sa survie, et surtout dans sa sécurité mentale. Il faut s’abandonner entièrement à la Vie, pour se mettre dans cet état de réceptivité typiquement féminin (c’est le fameux Yin bouddhiste) : accepter de recevoir sans rien avoir à faire (première GRANDE difficulté pour un homme dans son Yang!), et abandonner tout espoir de contrôle sur sa propre survie. Discipline extrêmement intéressante !


Depuis quelques années, j’ai donc décidé de devenir « freegan ». Je n’aime pas les étiquettes (végétarien, végétalien, végan…) dont on se sert souvent pour placer discrètement dans la conversation à quel point on est supérieur à l’autre, qui contribue au massacre d’animaux, aux inégalités sociales ou économiques, etc. Mais celle-ci, le freeganisme, me semble intéressante à plusieurs titres. Le freegan ne s’alimente que de ce qu’il trouve, qu’il récupère, gratuitement. Il se place donc dans une position de réceptivité par rapport à la Vie, plutôt que d’entrer dans un magasin en sachant déjà ce qu’il veut acheter. Or il existe deux manières de « freeganiser » : la manière citadine et la manière sauvage.


Citadins VS Ruraux ?


La plupart des freegan sont citadins, et se font donc un devoir de récupérer, en général à l’arrière des magasin d’alimentation, mais parfois en faisant une sorte de contrat tacite avec les gérants, leur sustentation. Il s’agit un peu d’une nouvelle manière de chasser (je trouve cette comparaison très drôle, moi qui personnellement ai beaucoup de mal à supporter les chasseurs), ou plutôt une reproduction de l’état d’esprit du chasseur-cueilleur, qui ne sait jamais ce qu’il va ramener de sa « balade ». J’ai souvent vécu des émotions similaires en allant à la cueillette de champignons : la joie de tomber sur une mine de Cèpes de Bordeaux, la prudence avec laquelle on s’aventure à manger une Amanite de César, la déception de voir notre coin de Morilles absolument saccagé …


Sauf que si l’on pousse le challenge jusqu’au bout (ce que je dois avouer faire en général), c’est le sentiment d’insécurité qui revient rapidement pour le chasseur-cueilleur citadin : vais-je trouver, aujourd’hui, de quoi me nourrir ? En 10 ans d’expérimentation plus ou moins sérieuse (avec des périodes de « triche »!), j’ai pu m’apercevoir que OUI, je peux faire confiance à la Vie (ou à moi-même, ce qui revient peut-être à la même chose) : je ne mourrai pas de faim ! C’est un sentiment très riche, que l’on peut transposer à peu près dans n’importe quel autre domaine de sa vie (travail, amour, etc.). Cela rejoint un peu la fameuse loi d’attraction, parfois si mal comprise : « tu poses l’intention, et ensuite tu lâches prise totalement sur le résultat : tu t’en remets à la vie ! »


Or il m’est venu l’idée, il y a un an et demi, d’expérimenter cela dans la nature, en version « survie douce » (voir vidéo). Une semaine me suffisait, je n’avais pas bien plus à consacrer à cela dans mon emploi du temps toujours chargé (encore un rythme qu’il faudra bien remettre à plat, un jour!). Je décidai de partir dans les Pyrénées occidentales, dans une forêt de ma connaissance qui dispose de sources chaudes naturelles et « free » ! L’expérience a été très riche à plusieurs titres, elle m’a dévoilé encore un bon nombre de croyances dont je fais l’analyse dans les vidéos que j’ai faites à l’époque.



Pour résumer, j’ai tout de même perdu autant de poids que lors d’un jeûne de la même durée, alors que je m’alimentais tous les jours de végétaux et de champignons que je trouvais. Je n’ai jamais eu peur de ne pas trouver de nourriture. Mais j’ai eu faim, souvent. Beaucoup plus qu’en jeûne : mon métabolisme n’étant pas du tout le même. Et surtout - redoutable croyance ! - je me sentais dépendant des temps de repas, que j’attendais avec impatience, dans l’espoir de remplir un peu ce corps qui semblait se vider chaque jour. Je mangeais beaucoup (serait-ce dû à cette idée que la laitue ne nourrit pas son homme ?!), et je sentais mes forces s’affaiblir. Les bains bouillants n’aidaient pas, puisqu’ils contribuaient, avec l’alimentation verte, à détoxifier profondément mon corps.

Je sortis de cette expérience solitaire à la fois rassuré et soulagé. Rassuré de pouvoir faire confiance à Dame Nature, pour ma survie – avec ce sentiment que, par opposition au jeûne où l’on apprend la confiance en soi, une sorte d’autonomie qui pourrait facilement tourner à l’autarcie ; dans la survie douce j’avais appris la confiance en la Vie, dans sa merveilleuse prodigalité. Et soulagé tout de même que cela finisse, et que je puisse à nouveau me jeter sur une miche de pain, fraîche et croustillante !


En guise de conclusion :


Jeûne sec ou hydrique, jeûne complet ou intermittent, avec ou sans apport glucogénique, avec ou sans activité : j’ai l’impression aujourd’hui d’avoir beaucoup expérimenté, et d’en avoir tiré quelques enseignements forts utiles :

- Parfois il faut mettre de côté un rituel pour constater à quel point on en est dépendant…

- Et parfois il faut mettre en place un rituel, pour expérimenter le pouvoir de sa volonté et de sa croyance !


- Parfois il faut se distancier de l’alimentation, afin de retrouver toute l’étendue de sa sensation…

- Et parfois il faut s’abandonner à la Matière lourde, si l’on ne veut plus fuir son incarnation !


- Parfois il est intéressant d’apprendre à se faire confiance, de contacter son propre thérapeute intérieur, en jeûnant…

- Et parfois, il est encore plus intéressant de s’abandonner à la vie, de lâcher les rênes et la volonté de contrôle, vestige d’une blessure de trahison encore béante…


Aujourd’hui, j’utilise toutes ces expériences pour offrir à chacun la possibilité de trouver SON jeûne, celui qui respecte son propre rythme et met en lumières ses propres croyances.





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©2019 par Patrick Sorrel